La loi américaine sur la cryptographie rencontre à nouveau des obstacles : la réunion d'audition pourrait être reportée, Coinbase retire son soutien, ce qui suscite des divisions internes

MarketWhisper

Une étape clé de la législation sur les cryptomonnaies aux États-Unis voit surgir un imprévu. La séance d’audition cruciale du comité bancaire du Sénat, initialement prévue ce jeudi, risque d’être reportée en raison de divergences profondes entre les deux partis, notamment autour des clauses relatives aux revenus des stablecoins.

Dans ce contexte tendu, Coinbase, la plus grande plateforme d’échange centralisée américaine, a annoncé le retrait de son soutien au projet de loi, le PDG Brian Armstrong déclarant « préférer l’absence de loi plutôt qu’une mauvaise loi », ce qui accentue l’incertitude entourant le processus législatif. Ces événements illustrent que le « Digital Asset Market Clarity Act », visant à établir un cadre réglementaire clair pour le marché crypto américain, s’enlise dans un marasme de politique partisane, de conflits internes à l’industrie et de luttes avec les acteurs financiers traditionnels. Le destin final de cette loi déterminera non seulement si les États-Unis peuvent conserver leur leadership dans l’innovation financière numérique, mais aura aussi des répercussions profondes sur le paysage réglementaire mondial.

La législation piégée dans une impasse, la clé de l’audition pourrait être reportée

L’atmosphère à Washington est empreinte d’une tension familière. La séance d’audition cruciale du comité bancaire du Sénat, initialement fixée à ce jeudi, est désormais en suspens. Lors de cette réunion, les membres devaient débattre, amender et voter sur le projet de loi « Digital Asset Market Clarity », pour décider de sa transmission au Sénat dans son ensemble. Cependant, selon Cynthia Lummis, sénatrice républicaine du Wyoming et l’un des principaux promoteurs du texte, cette audition « pourrait être reportée ».

Ce report ne résulte pas d’une pression extérieure, mais de divergences internes difficiles à concilier au sein du comité. Bien que Lummis insiste sur le fait que le texte bipartite est prêt et appelle ses collègues démocrates à « ne pas reculer face aux progrès déjà réalisés », plusieurs sénateurs républicains, dont Thom Tillis, expriment des réserves sur plusieurs clauses du projet. Parmi celles-ci, la formulation concernant la possibilité pour les stablecoins de générer des revenus pour leurs détenteurs est l’un des points de friction majeurs. Ces « revenus », généralement issus de staking ou de prêts, sont perçus par le secteur bancaire traditionnel comme une menace directe à leur activité de dépôt, tandis que l’industrie crypto y voit une innovation financière fondamentale et un droit utilisateur.

Le porte-parole de Lummis n’a pas commenté immédiatement cette information, et le bureau du président du comité Tim Scott est resté silencieux, ce qui est souvent interprété comme un signe que la législation est en difficulté. Il faut préciser que ce n’est pas la première fois que cette loi subit un report. Une précédente réunion, prévue initialement le 15 janvier, avait été repoussée à fin janvier pour « obtenir un soutien plus large des deux partis ». La nouvelle annonce de report à la veille de la date prévue jette une ombre sur la possibilité de voir cette loi adoptée rapidement. À Washington, le retard peut souvent signifier une fermentation des oppositions et une perte de consensus.

Chronologie et enjeux centraux de la législation sur la structure du marché crypto

  • Date initiale de l’audition : mi-janvier 2026 (jeudi précis à confirmer)
  • Dernière mise à jour : Lummis évoque un possible nouveau report
  • Premier report : du 15 janvier à fin janvier
  • Principaux obstacles :
    • Opposition interne au sein du parti : certains républicains contestent le texte.
    • Clause controversée : légalité et régulation des « revenus des stablecoins ».
    • Soutien sectoriel divisé : Coinbase et autres grands acteurs retirent leur appui.
    • Opposition du secteur financier traditionnel : plus de 3 200 banques ont signé une pétition demandant l’interdiction des revenus sur stablecoins.
  • Majorité requise : 60 voix au Sénat (il faut donc rallier une partie des démocrates)
  • Principaux promoteurs : Cynthia Lummis (Républicaine), Tim Scott (Républicain, président du comité bancaire)
  • Comités impliqués : comité bancaire du Sénat (principal), coordination avec le comité de l’agriculture (pour la définition de certains aspects liés aux matières premières)

Coinbase se retourne en pleine séance, Armstrong clame « mieux vaut manquer une loi que la faire mal » ?

Alors que les négociations en coulisses s’intensifient, un épisode dramatique se joue aussi dans l’arène publique. Coinbase, acteur emblématique de l’industrie crypto américaine et participant clé à la lobbying législatif, a annoncé mercredi soir sur les réseaux sociaux qu’il retirait son soutien au projet de loi. Ce geste constitue un coup de tonnerre à un moment crucial du processus législatif.

Les mots d’Armstrong sont d’une franchise acerbe. Il affirme que la version du projet de loi publiée lundi comporte « trop de problèmes » et qu’une adoption basée sur cette version « serait pire que la situation actuelle ». Il cite notamment : une possible « interdiction factuelle des tokens comme valeurs mobilières », des exigences de régulation irréalistes pour la finance décentralisée, des défauts dans la gestion du rôle de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), et plus de 75 amendements qui posent problème. « Nous préférons l’absence de loi plutôt qu’une mauvaise loi. » La déclaration d’Armstrong a rapidement fait réagir l’industrie et le public.

Ce changement de position est lourd de sens. En tant qu’entreprise cotée et souhaitant maintenir une relation constructive avec les régulateurs, Coinbase avait jusque-là été un moteur de la législation au Congrès. Son « retrait » envoie deux signaux clés : d’abord, que le texte actuel pourrait toucher directement aux lignes rouges de l’innovation et des modèles commerciaux dans la crypto, notamment dans la DeFi et la génération de revenus ; ensuite, que les intérêts et revendications internes à l’industrie ne forment pas un tout homogène. Malgré l’optimisme d’Armstrong quant à la poursuite des négociations, cette volte-face affaiblit la narration d’un large soutien sectoriel à la loi, donnant du grain à moudre aux opposants.

« Revenus des stablecoins » au cœur de la tempête, affrontement frontal entre banques traditionnelles et innovation crypto

Pourquoi une loi censée apporter « de la clarté » suscite-t-elle autant de remous ? La majorité des enjeux se concentrent sur une question technique mais cruciale : les stablecoins peuvent-ils, et comment, offrir des revenus à leurs détenteurs. Ce point, qui semble une simple fonctionnalité, est en réalité une confrontation directe entre le système financier traditionnel et la nouvelle finance décentralisée.

Les acteurs traditionnels, notamment l’American Bankers Association, ont lancé une offensive virulente. Ils ont soumis au Congrès une pétition signée par plus de 3 200 banques, demandant d’interdire toute forme de revenus ou récompenses pour les stablecoins. Leur argument repose sur la logique de survie du secteur bancaire : les revenus issus des stablecoins détourneraient des dépôts du système bancaire vers la crypto. Ils affirment que « contrairement aux investissements directs dans la communauté (prêts auto, agricoles, hypothèques), les entreprises crypto offrant des récompenses sur stablecoins siphonnent des trillions de dollars de prêts locaux, réduisant ainsi les fonds disponibles pour l’économie locale ». C’est une stratégie classique de lobbying opposant la crypto au développement communautaire et à l’économie nationale.

De leur côté, les acteurs crypto voient les choses autrement. Les revenus des stablecoins ne proviennent pas de marges de prêt, mais de staking, de fourniture de liquidités ou de participation à la tokenisation de dettes souveraines, via des protocoles décentralisés ou centralisés. Ils incarnent un nouveau modèle d’efficacité du capital et de création de richesse basé sur la blockchain et les smart contracts. Restreindre ou interdire ces revenus reviendrait à étouffer l’innovation et à désavantager la compétitivité américaine face au reste du monde. Coinbase a dès le départ placé la protection des revenus crypto comme une « ligne rouge » dans ses négociations, et la déclaration d’Armstrong en est la réaction directe. Le président du comité Scott admet que de nouvelles formulations sur les revenus circulent parmi les législateurs et parties prenantes, tout en espérant un consensus final, mais celui-ci reste à construire.

Réactions sectorielles : de l’éloge de Ripple à la prudence des groupes de lobbying

La position de Coinbase n’engage pas toute l’industrie crypto. Au contraire, elle révèle des divergences internes sur la stratégie législative et les revendications. Peu après l’annonce d’Armstrong, Brad Garlinghouse, CEO de Ripple, a exprimé sur les réseaux sociaux son « approbation » du projet, le qualifiant de « grande avancée pour fournir un cadre crypto viable tout en protégeant les consommateurs », insistant sur le fait que « la clarté prime sur la confusion, et le succès de cette loi sera celui de la crypto ». En tant qu’entreprise ayant mené une longue bataille judiciaire avec les régulateurs, Ripple semble plus pressée que d’autres d’obtenir une « régulation claire ».

Les principales organisations de lobbying crypto adoptent une posture plus prudente et pragmatique. La Chambre de commerce numérique a publié un communiqué indiquant que, même si le projet du comité bancaire est « un progrès », ils proposent des améliorations et des amendements pour le renforcer. « Quoi qu’il arrive lors de la séance de demain, nous continuerons à participer à chaque étape pour aider à façonner une loi efficace pour nos membres, innovateurs et consommateurs américains. » Un autre groupe, la Blockchain Association, indique qu’il discute la position de Coinbase et n’a pas encore décidé de ses prochaines actions.

Ce clivage est compréhensible. Différents acteurs crypto, selon leur modèle d’affaires, leur pression réglementaire et leur stratégie à long terme, ont des priorités différentes sur le même texte. Par exemple, une société spécialisée dans la DeFi et une plateforme d’échange centralisée traditionnelle seront sensibles de façon très différente à la régulation de la finance décentralisée. Ces divisions internes, tout en affaiblissant la capacité de négociation de l’industrie dans son ensemble, témoignent aussi de sa maturité : la crypto n’est plus un tout homogène, mais un écosystème complexe de concurrents et de partenaires. Les législateurs doivent composer avec cette diversité dynamique.

Un enjeu stratégique pour la domination de l’innovation américaine

Au global, le destin de cette loi sur la structure du marché crypto dépasse la simple question législative : il s’agit d’un enjeu stratégique pour la capacité des États-Unis à conserver leur leadership dans la finance numérique de demain. Son adoption enverrait un signal clair : l’Amérique veut bâtir un cadre réglementaire inclusif et ordonné pour les actifs numériques, attirant talents et capitaux mondiaux. À l’inverse, un échec ou une loi trop restrictive pourrait signifier que l’Amérique cède son rôle de leader à l’Union européenne, au Royaume-Uni ou à l’Asie.

Sur le plan politique, le défi est structurel. La loi doit d’abord obtenir un consensus au sein du comité bancaire du Sénat, contrôlé par les républicains, puis rallier suffisamment de démocrates pour atteindre le seuil de 60 voix au Sénat. Par ailleurs, une préoccupation de longue date des démocrates — notamment sur d’éventuels profits de l’ancien président Trump ou de sa famille dans la crypto — doit aussi être intégrée dans le cadre éthique de la loi. Le président du comité Scott reconnaît que les négociations récentes ont été « vives » et que le sujet suscite « beaucoup d’émotion ». Cette « passion » peut à la fois alimenter la dynamique et constituer un obstacle à l’accord.

Pour le marché crypto, l’incertitude à court terme pourrait freiner la prise de risque. La répétition des reports et des retards dans le processus législatif signifie que la « clarté » réglementaire, si cruciale, sera encore repoussée. Cependant, à moyen et long terme, une législation positive et structurante pourrait apporter des bénéfices systémiques, rassurer les investisseurs institutionnels et favoriser une entrée plus sereine dans le marché. Il faudra suivre de près si la séance d’audition se tient comme prévu, si Coinbase et d’autres acteurs parviennent à un compromis avec les législateurs, et comment le texte final abordera les questions clés comme les revenus des stablecoins ou la régulation de la DeFi. Quoi qu’il en soit, cette bataille législative à Washington montre clairement que la crypto est devenue un enjeu politique et économique majeur, dont la régularisation et la mainstreamisation, bien que semées d’embûches, sont désormais irréversibles.

Avertissement : Les informations contenues dans cette page peuvent provenir de tiers et ne représentent pas les points de vue ou les opinions de Gate. Le contenu de cette page est fourni à titre de référence uniquement et ne constitue pas un conseil financier, d'investissement ou juridique. Gate ne garantit pas l'exactitude ou l'exhaustivité des informations et n'est pas responsable des pertes résultant de l'utilisation de ces informations. Les investissements en actifs virtuels comportent des risques élevés et sont soumis à une forte volatilité des prix. Vous pouvez perdre la totalité du capital investi. Veuillez comprendre pleinement les risques pertinents et prendre des décisions prudentes en fonction de votre propre situation financière et de votre tolérance au risque. Pour plus de détails, veuillez consulter l'avertissement.
Commentaire
0/400
Aucun commentaire