La révolution de la granularité dans la réglementation fiscale des actifs numériques : Analyse du formulaire 1099-DA des États-Unis et guide de conformité
Alors que les actifs cryptographiques passent du marginal au mainstream, la « toile d’araignée » de la régulation fiscale mondiale s’accélère. Après la publication officielle du formulaire de déclaration d’informations pour les courtiers en actifs numériques (Formulaire 1099-DA, abrégé 1099-DA) et de son guide opérationnel associé, l’Internal Revenue Service (IRS) a récemment mis à jour deux règles détaillées. Cette démarche clarifie non seulement l’obligation de déclaration obligatoire pour les courtiers en actifs numériques, mais affine également le seuil d’exemption pour les petites transactions (De Minimis) via des règles complémentaires, et introduit de manière innovante des méthodes de déclaration optionnelles pour les stablecoins et certains NFTs (Specified Non-fungible Tokens). Il ne s’agit pas seulement d’un changement de formulaire, mais d’un approfondissement de la granularité de la régulation jusqu’au niveau de chaque jeton, permettant aux autorités de garantir la transparence fiscale tout en réduisant le coût de conformité pour les acteurs du marché grâce à des règles différenciées. Cet article analysera la mise à jour récente du formulaire 1099-DA, en décryptant la tendance réglementaire actuelle de l’IRS et ses enjeux centraux, afin d’offrir une référence pour la conformité.
2 Origines et contexte : contenu et contexte du formulaire 1099-DA
2.1 Aperçu
Le formulaire 1099-DA est un document de déclaration utilisé par les courtiers en actifs numériques pour rapporter au IRS et à leurs clients les gains et pertes issus des transactions d’actifs numériques. Le 1099-DA ne constitue pas une simple réparation d’un système existant, mais est conçu comme un formulaire spécifique pour la déclaration des actifs numériques (Digital Asset) dans leur nature intrinsèque.
Selon le dernier guide du 1099-DA (Instructions for Form 1099-DA (2025)), à partir du 1er janvier 2025, les courtiers doivent enregistrer et déclarer le montant brut des recettes de chaque transaction. Il est important de noter que, pour 2025, l’IRS ne rend pas encore obligatoire la déclaration du coût de base (Basis) ni la nature des gains ou pertes, mais offre une période de tolérance volontaire pour la déclaration, précisant qu’aucune sanction ne sera appliquée en cas d’erreur durant cette période. L’obligation de déclaration du coût de base et de la nature des gains ou pertes sera reportée à 2026 (pour les actifs numériques acquis après le 1er janvier 2026), afin de laisser aux courtiers une année pour ajuster leur système face aux difficultés de vérification de la propriété des actifs sur la blockchain et de traçabilité des coûts.
De plus, le guide récent du 1099-DA impose des exigences plus fines en matière de granularité des données déclarées, notamment sur deux dimensions : d’une part, l’unicité de l’identification des actifs via l’introduction du code DTIF (Digital Token Identifier Foundation) pour éliminer toute ambiguïté dans la dénomination des tokens ; d’autre part, la structuration des transactions pour isoler les flux d’actifs, permettant de distinguer les revenus issus de la création initiale (Primary Sale) des gains ou pertes liés à la circulation entre investisseurs. Concrètement, grâce à l’ajout de la case 11c, le IRS a pour la première fois séparé la déclaration des revenus initiaux des créateurs de NFTs spécifiés de celle des transferts en marché secondaire, rendant ainsi les données déclarées plus détaillées.
Actifs numériques : selon le 1099-DA, un actif numérique désigne toute valeur représentée sous forme numérique, enregistrée sur un registre distribué protégé par cryptographie (tel que la blockchain ou une technologie similaire), sans que chaque transaction spécifique impliquée dans cet actif soit nécessairement enregistrée sur ce registre ; de plus, cet actif ne doit pas être considéré comme de la monnaie fiduciaire (c’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de dollars ou d’autres devises émises par un gouvernement ou une banque centrale). La définition de l’IRS est donc très large, englobant toute représentation numérique de valeur enregistrée sur un registre distribué cryptographiquement sécurisé, y compris les cryptomonnaies, les tokens de titres tokenisés, et certains NFTs spécifiés.
Stablecoins qualifiés (Qualifying Stablecoins) : un actif numérique répondant aux trois critères suivants est considéré comme un stablecoin qualifié :
(1) Il vise à suivre en 1:1 la valeur d’une monnaie unique convertible, émise par un gouvernement ou une banque centrale (y compris le dollar américain) ;
(2) Il utilise un mécanisme de stabilité efficace ;
(3) Il est largement accepté par des entités autres que l’émetteur comme moyen de paiement.
Concernant la déclaration, le 1099-DA cible principalement les courtiers et intermédiaires en actifs numériques.
Courtiers : selon la version modifiée de l’article 6045 du Code des impôts américain, un courtier désigne toute personne prête à exécuter des ventes d’actifs numériques pour le compte d’autrui dans le cadre de ses activités habituelles. En matière de vente d’actifs numériques, sont considérés comme courtiers ceux qui :
(1) proposent régulièrement à leurs clients de racheter des actifs numériques qu’ils ont créés ou émis ; ou
(2) agissent en tant qu’agents, traders ou intermédiaires pour la cession d’actifs numériques pour le compte de clients.
Intermédiaire en actifs numériques (Digital Asset Middleman) : toute personne fournissant des services facilitant la vente d’actifs numériques, et pouvant connaître l’identité du vendeur ainsi que la nature de la transaction.
Sont considérés comme intermédiaires en actifs numériques si ils :
(1) acceptent ou traitent des actifs numériques comme moyen de paiement pour des actions telles que des actions, matières premières, contrats à terme réglementés, contrats de futures, contrats à terme sur devises, instruments de dette, options ou autres contrats dérivés ;
(2) sont des agents immobiliers, et savent ou devraient savoir que l’acheteur paie en actifs numériques ;
(3) acceptent des actifs numériques en contrepartie de services de courtage ;
(4) possèdent ou exploitent une ou plusieurs machines automatiques de vente d’actifs numériques ; ou
(5) sont des prestataires de services de traitement de paiements en actifs numériques (PDAP).
Les entités ne relevant pas de cette catégorie sont celles qui :
(1) se limitent à fournir des services de validation de registres distribués par preuve de travail (PoW) ou preuve d’enjeu (PoS), sans autres fonctionnalités ou services ; ou
(2) fournissent uniquement du matériel ou des logiciels (via vente, licence ou autre), permettant aux utilisateurs de contrôler leurs clés privées pour accéder aux actifs numériques sur le registre distribué (par exemple, portefeuilles non custodial), sans autres services.
En résumé, les intermédiaires en actifs numériques incluent non seulement les bourses centralisées (CEX), mais aussi les fournisseurs de portefeuilles de garde, les prestataires de services de paiement (PDAP) et les exploitants de distributeurs automatiques d’actifs numériques (kiosques).
Pour mieux comprendre la spécificité du 1099-DA, le tableau ci-dessous compare ce formulaire avec ceux utilisés dans la finance traditionnelle et le secteur des paiements.
2.2 Contenu principal
La structure du formulaire 1099-DA s’inspire du 1099-B utilisé pour les valeurs mobilières traditionnelles, mais intègre plusieurs cases spécifiques liées aux caractéristiques des actifs cryptographiques :
Case 1a & 1b (Code et nom de l’actif numérique) : introduction obligatoire du code DTIF ; si un jeton n’a pas de code DTIF, il faut indiquer « 999999999 » (identifiant alphanumérique). Si la méthode optionnelle de déclaration pour les NFTs spécifiés est utilisée, la case 1a doit aussi indiquer « 999999999 », et la 1b doit mentionner « Specified NFTs ». Pour la méthode optionnelle pour les stablecoins qualifiés, la case 1a doit contenir le code DTIF du stablecoin, et la 1b le nom du stablecoin.
Case 1f (Montant brut reçu) : peut inclure la valeur en espèces, la valeur de services, d’actifs numériques ou autres biens reçus.
Case 1g (Coût de base) : bien que volontaire en 2025, cette donnée deviendra essentielle pour le calcul des gains et pertes à l’avenir.
Case 11a & 11b (Marquage de déclaration agrégée) : pour les stablecoins et NFTs spécifiés, indiquent si la déclaration agrégée a été choisie et le nombre de transactions couvertes.
Case 11c (Ventes en marché primaire) : dédiée à la déclaration des revenus initiaux des créateurs de NFTs spécifiés lors de la phase de création, séparés des transferts en marché secondaire.
2.3 Contexte de la mise en place du formulaire 1099-DA
2.3.1 Aux États-Unis
En août 2021, le « Infrastructure Investment and Jobs Act » (IIJA) est adopté par le Sénat et signé en novembre de la même année. Ce texte modifie l’article 6045 du Code des impôts, intégrant explicitement les « actifs numériques » dans la définition légale de « courtier » afin d’établir un système de déclaration automatique par des tiers pour améliorer la transparence fiscale.
Après deux ans de consultations spécialisées et de discussions publiques sur les détails politiques, le 9 juillet 2024, le Département du Trésor et l’IRS publient officiellement le Treasury Decision 10000 (TD 10000), qui définit précisément la composition des courtiers, les types de transactions à déclarer, et la méthode de calcul du coût de base. Ce règlement, entré en vigueur le 9 septembre 2024, établit juridiquement que le 1099-DA sera mis en œuvre à partir de 2026, avec chaque case du formulaire étant soutenue par le TD 10000, et oblige les courtiers à déclarer leurs revenus et coûts de base à partir du 1er janvier 2025.
2.3.2 À l’étranger
L’introduction du 1099-DA ne constitue pas seulement une évolution unilatérale de la régulation fiscale des États-Unis, mais s’inscrit aussi dans la tendance mondiale de transparence fiscale. Fin 2022, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publie le « Cadre de déclaration des actifs cryptographiques » (Crypto-Asset Reporting Framework, CARF), visant à établir une norme mondiale d’échange automatique d’informations fiscales sur les cryptomonnaies. Le 10 novembre 2023, les États-Unis et plus de 40 autres pays publient une déclaration conjointe pour accélérer la mise en œuvre du CARF. Le 30 juillet 2025, les États-Unis proposent la mise en œuvre d’un rapport sur la situation des actifs numériques selon le CARF. Le 14 novembre 2025, l’IRS soumet au président une proposition de rapport sur les transactions numériques par courtiers (CARF : US Broker Digital Transaction Reporting), en vue de son adoption. Si cette dernière est mise en œuvre, l’IRS pourra accéder aux informations clés sur les comptes de cryptomonnaies détenus à l’étranger par les contribuables américains, facilitant la collecte fiscale. Bien que l’accord multilatéral CARF ne soit pas encore signé par les États-Unis, la mise en place du 1099-DA marque une étape majeure dans la construction d’un système robuste de collecte de données, servant de base technologique à d’éventuels échanges automatiques avec d’autres juridictions.
3 Analyse des politiques récentes de l’IRS concernant le 1099-DA
Récemment, la régulation de l’IRS sur les actifs cryptographiques s’est accélérée. Les nouvelles règles montrent que la politique ne se limite plus à des exigences macro de conformité, mais évolue vers des standards concrets, applicables et efficaces.
3.1 Exemptions pour petites transactions et règles de déclaration agrégée
Tout en maintenant une régulation stricte, l’IRS fait preuve de flexibilité en introduisant des règles d’exemption pour petites transactions (De Minimis Rules) et des méthodes de déclaration optionnelles, combinant ces mécanismes pour réduire la charge réglementaire.
Concrètement, le courtier doit d’abord déterminer si la transaction relève de la méthode optionnelle. En cas d’acceptation, un seuil d’exemption pour petites transactions est appliqué : si le montant de la transaction ne dépasse pas ce seuil, la déclaration 1099-DA peut être omise ou simplifiée. La méthode optionnelle détermine la façon de déclarer : pour les stablecoins qualifiés et certains NFTs à usage de consommation, la déclaration agrégée est autorisée, permettant de simplifier ou d’éviter la déclaration individuelle.
Les seuils d’exemption pour petites transactions sont fixés comme suit :
Pour les prestataires de services de paiement en actifs numériques (PDAP) : seuil de 600 dollars par an par client. Si le total des paiements ou transactions pour un même client ne dépasse pas ce montant, aucune déclaration n’est requise.
Pour les stablecoins qualifiés : seuil de 10 000 dollars de revenus bruts annuels issus de ventes spécifiées, après déduction des coûts, pour bénéficier de la déclaration agrégée.
Pour les NFTs spécifiés : seuil de 600 dollars de revenus bruts annuels issus de ventes, après déduction des coûts, pour bénéficier de la déclaration agrégée.
3.2 Exclusion du régime de déclaration conjointe
Une autre évolution technique récente est que le 1099-DA pour l’année fiscale 2025 ne participera pas au « programme de déclaration conjointe fédéral/état (CF/SF) », ce qui signifie que les courtiers ne pourront plus transmettre d’un seul coup leurs données fiscales aux autorités locales via le système fédéral, mais devront le faire séparément selon la législation de chaque État.
4 Conclusion
Face aux multiples défis posés par le 1099-DA, les investisseurs de grande valeur, les projets et les acteurs du Web3 doivent rapidement s’adapter à ces nouvelles règles de déclaration. Pour les professionnels du Web3, la gestion des données de transaction ne se limite pas à répondre aux exigences de l’IRS, mais vise aussi à clarifier leur propre situation financière. Dans cette vague de régulation transparente, celui qui saura rapidement passer d’une comptabilité désordonnée à une conformité fiscale solide pourra assurer une position durable dans la compétition mondiale croissante du Web3.
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La révolution de la granularité dans la réglementation fiscale des actifs numériques : Analyse du formulaire 1099-DA des États-Unis et guide de conformité
Auteur : FinTax
1 Introduction
Alors que les actifs cryptographiques passent du marginal au mainstream, la « toile d’araignée » de la régulation fiscale mondiale s’accélère. Après la publication officielle du formulaire de déclaration d’informations pour les courtiers en actifs numériques (Formulaire 1099-DA, abrégé 1099-DA) et de son guide opérationnel associé, l’Internal Revenue Service (IRS) a récemment mis à jour deux règles détaillées. Cette démarche clarifie non seulement l’obligation de déclaration obligatoire pour les courtiers en actifs numériques, mais affine également le seuil d’exemption pour les petites transactions (De Minimis) via des règles complémentaires, et introduit de manière innovante des méthodes de déclaration optionnelles pour les stablecoins et certains NFTs (Specified Non-fungible Tokens). Il ne s’agit pas seulement d’un changement de formulaire, mais d’un approfondissement de la granularité de la régulation jusqu’au niveau de chaque jeton, permettant aux autorités de garantir la transparence fiscale tout en réduisant le coût de conformité pour les acteurs du marché grâce à des règles différenciées. Cet article analysera la mise à jour récente du formulaire 1099-DA, en décryptant la tendance réglementaire actuelle de l’IRS et ses enjeux centraux, afin d’offrir une référence pour la conformité.
2 Origines et contexte : contenu et contexte du formulaire 1099-DA
2.1 Aperçu
Le formulaire 1099-DA est un document de déclaration utilisé par les courtiers en actifs numériques pour rapporter au IRS et à leurs clients les gains et pertes issus des transactions d’actifs numériques. Le 1099-DA ne constitue pas une simple réparation d’un système existant, mais est conçu comme un formulaire spécifique pour la déclaration des actifs numériques (Digital Asset) dans leur nature intrinsèque.
Selon le dernier guide du 1099-DA (Instructions for Form 1099-DA (2025)), à partir du 1er janvier 2025, les courtiers doivent enregistrer et déclarer le montant brut des recettes de chaque transaction. Il est important de noter que, pour 2025, l’IRS ne rend pas encore obligatoire la déclaration du coût de base (Basis) ni la nature des gains ou pertes, mais offre une période de tolérance volontaire pour la déclaration, précisant qu’aucune sanction ne sera appliquée en cas d’erreur durant cette période. L’obligation de déclaration du coût de base et de la nature des gains ou pertes sera reportée à 2026 (pour les actifs numériques acquis après le 1er janvier 2026), afin de laisser aux courtiers une année pour ajuster leur système face aux difficultés de vérification de la propriété des actifs sur la blockchain et de traçabilité des coûts.
De plus, le guide récent du 1099-DA impose des exigences plus fines en matière de granularité des données déclarées, notamment sur deux dimensions : d’une part, l’unicité de l’identification des actifs via l’introduction du code DTIF (Digital Token Identifier Foundation) pour éliminer toute ambiguïté dans la dénomination des tokens ; d’autre part, la structuration des transactions pour isoler les flux d’actifs, permettant de distinguer les revenus issus de la création initiale (Primary Sale) des gains ou pertes liés à la circulation entre investisseurs. Concrètement, grâce à l’ajout de la case 11c, le IRS a pour la première fois séparé la déclaration des revenus initiaux des créateurs de NFTs spécifiés de celle des transferts en marché secondaire, rendant ainsi les données déclarées plus détaillées.
Actifs numériques : selon le 1099-DA, un actif numérique désigne toute valeur représentée sous forme numérique, enregistrée sur un registre distribué protégé par cryptographie (tel que la blockchain ou une technologie similaire), sans que chaque transaction spécifique impliquée dans cet actif soit nécessairement enregistrée sur ce registre ; de plus, cet actif ne doit pas être considéré comme de la monnaie fiduciaire (c’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de dollars ou d’autres devises émises par un gouvernement ou une banque centrale). La définition de l’IRS est donc très large, englobant toute représentation numérique de valeur enregistrée sur un registre distribué cryptographiquement sécurisé, y compris les cryptomonnaies, les tokens de titres tokenisés, et certains NFTs spécifiés.
Stablecoins qualifiés (Qualifying Stablecoins) : un actif numérique répondant aux trois critères suivants est considéré comme un stablecoin qualifié :
(1) Il vise à suivre en 1:1 la valeur d’une monnaie unique convertible, émise par un gouvernement ou une banque centrale (y compris le dollar américain) ;
(2) Il utilise un mécanisme de stabilité efficace ;
(3) Il est largement accepté par des entités autres que l’émetteur comme moyen de paiement.
Concernant la déclaration, le 1099-DA cible principalement les courtiers et intermédiaires en actifs numériques.
Courtiers : selon la version modifiée de l’article 6045 du Code des impôts américain, un courtier désigne toute personne prête à exécuter des ventes d’actifs numériques pour le compte d’autrui dans le cadre de ses activités habituelles. En matière de vente d’actifs numériques, sont considérés comme courtiers ceux qui :
(1) proposent régulièrement à leurs clients de racheter des actifs numériques qu’ils ont créés ou émis ; ou
(2) agissent en tant qu’agents, traders ou intermédiaires pour la cession d’actifs numériques pour le compte de clients.
Intermédiaire en actifs numériques (Digital Asset Middleman) : toute personne fournissant des services facilitant la vente d’actifs numériques, et pouvant connaître l’identité du vendeur ainsi que la nature de la transaction.
Sont considérés comme intermédiaires en actifs numériques si ils :
(1) acceptent ou traitent des actifs numériques comme moyen de paiement pour des actions telles que des actions, matières premières, contrats à terme réglementés, contrats de futures, contrats à terme sur devises, instruments de dette, options ou autres contrats dérivés ;
(2) sont des agents immobiliers, et savent ou devraient savoir que l’acheteur paie en actifs numériques ;
(3) acceptent des actifs numériques en contrepartie de services de courtage ;
(4) possèdent ou exploitent une ou plusieurs machines automatiques de vente d’actifs numériques ; ou
(5) sont des prestataires de services de traitement de paiements en actifs numériques (PDAP).
Les entités ne relevant pas de cette catégorie sont celles qui :
(1) se limitent à fournir des services de validation de registres distribués par preuve de travail (PoW) ou preuve d’enjeu (PoS), sans autres fonctionnalités ou services ; ou
(2) fournissent uniquement du matériel ou des logiciels (via vente, licence ou autre), permettant aux utilisateurs de contrôler leurs clés privées pour accéder aux actifs numériques sur le registre distribué (par exemple, portefeuilles non custodial), sans autres services.
En résumé, les intermédiaires en actifs numériques incluent non seulement les bourses centralisées (CEX), mais aussi les fournisseurs de portefeuilles de garde, les prestataires de services de paiement (PDAP) et les exploitants de distributeurs automatiques d’actifs numériques (kiosques).
Pour mieux comprendre la spécificité du 1099-DA, le tableau ci-dessous compare ce formulaire avec ceux utilisés dans la finance traditionnelle et le secteur des paiements.
2.2 Contenu principal
La structure du formulaire 1099-DA s’inspire du 1099-B utilisé pour les valeurs mobilières traditionnelles, mais intègre plusieurs cases spécifiques liées aux caractéristiques des actifs cryptographiques :
Case 1a & 1b (Code et nom de l’actif numérique) : introduction obligatoire du code DTIF ; si un jeton n’a pas de code DTIF, il faut indiquer « 999999999 » (identifiant alphanumérique). Si la méthode optionnelle de déclaration pour les NFTs spécifiés est utilisée, la case 1a doit aussi indiquer « 999999999 », et la 1b doit mentionner « Specified NFTs ». Pour la méthode optionnelle pour les stablecoins qualifiés, la case 1a doit contenir le code DTIF du stablecoin, et la 1b le nom du stablecoin.
Case 1f (Montant brut reçu) : peut inclure la valeur en espèces, la valeur de services, d’actifs numériques ou autres biens reçus.
Case 1g (Coût de base) : bien que volontaire en 2025, cette donnée deviendra essentielle pour le calcul des gains et pertes à l’avenir.
Case 11a & 11b (Marquage de déclaration agrégée) : pour les stablecoins et NFTs spécifiés, indiquent si la déclaration agrégée a été choisie et le nombre de transactions couvertes.
Case 11c (Ventes en marché primaire) : dédiée à la déclaration des revenus initiaux des créateurs de NFTs spécifiés lors de la phase de création, séparés des transferts en marché secondaire.
2.3 Contexte de la mise en place du formulaire 1099-DA
2.3.1 Aux États-Unis
En août 2021, le « Infrastructure Investment and Jobs Act » (IIJA) est adopté par le Sénat et signé en novembre de la même année. Ce texte modifie l’article 6045 du Code des impôts, intégrant explicitement les « actifs numériques » dans la définition légale de « courtier » afin d’établir un système de déclaration automatique par des tiers pour améliorer la transparence fiscale.
Après deux ans de consultations spécialisées et de discussions publiques sur les détails politiques, le 9 juillet 2024, le Département du Trésor et l’IRS publient officiellement le Treasury Decision 10000 (TD 10000), qui définit précisément la composition des courtiers, les types de transactions à déclarer, et la méthode de calcul du coût de base. Ce règlement, entré en vigueur le 9 septembre 2024, établit juridiquement que le 1099-DA sera mis en œuvre à partir de 2026, avec chaque case du formulaire étant soutenue par le TD 10000, et oblige les courtiers à déclarer leurs revenus et coûts de base à partir du 1er janvier 2025.
2.3.2 À l’étranger
L’introduction du 1099-DA ne constitue pas seulement une évolution unilatérale de la régulation fiscale des États-Unis, mais s’inscrit aussi dans la tendance mondiale de transparence fiscale. Fin 2022, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publie le « Cadre de déclaration des actifs cryptographiques » (Crypto-Asset Reporting Framework, CARF), visant à établir une norme mondiale d’échange automatique d’informations fiscales sur les cryptomonnaies. Le 10 novembre 2023, les États-Unis et plus de 40 autres pays publient une déclaration conjointe pour accélérer la mise en œuvre du CARF. Le 30 juillet 2025, les États-Unis proposent la mise en œuvre d’un rapport sur la situation des actifs numériques selon le CARF. Le 14 novembre 2025, l’IRS soumet au président une proposition de rapport sur les transactions numériques par courtiers (CARF : US Broker Digital Transaction Reporting), en vue de son adoption. Si cette dernière est mise en œuvre, l’IRS pourra accéder aux informations clés sur les comptes de cryptomonnaies détenus à l’étranger par les contribuables américains, facilitant la collecte fiscale. Bien que l’accord multilatéral CARF ne soit pas encore signé par les États-Unis, la mise en place du 1099-DA marque une étape majeure dans la construction d’un système robuste de collecte de données, servant de base technologique à d’éventuels échanges automatiques avec d’autres juridictions.
3 Analyse des politiques récentes de l’IRS concernant le 1099-DA
Récemment, la régulation de l’IRS sur les actifs cryptographiques s’est accélérée. Les nouvelles règles montrent que la politique ne se limite plus à des exigences macro de conformité, mais évolue vers des standards concrets, applicables et efficaces.
3.1 Exemptions pour petites transactions et règles de déclaration agrégée
Tout en maintenant une régulation stricte, l’IRS fait preuve de flexibilité en introduisant des règles d’exemption pour petites transactions (De Minimis Rules) et des méthodes de déclaration optionnelles, combinant ces mécanismes pour réduire la charge réglementaire.
Concrètement, le courtier doit d’abord déterminer si la transaction relève de la méthode optionnelle. En cas d’acceptation, un seuil d’exemption pour petites transactions est appliqué : si le montant de la transaction ne dépasse pas ce seuil, la déclaration 1099-DA peut être omise ou simplifiée. La méthode optionnelle détermine la façon de déclarer : pour les stablecoins qualifiés et certains NFTs à usage de consommation, la déclaration agrégée est autorisée, permettant de simplifier ou d’éviter la déclaration individuelle.
Les seuils d’exemption pour petites transactions sont fixés comme suit :
Pour les prestataires de services de paiement en actifs numériques (PDAP) : seuil de 600 dollars par an par client. Si le total des paiements ou transactions pour un même client ne dépasse pas ce montant, aucune déclaration n’est requise.
Pour les stablecoins qualifiés : seuil de 10 000 dollars de revenus bruts annuels issus de ventes spécifiées, après déduction des coûts, pour bénéficier de la déclaration agrégée.
Pour les NFTs spécifiés : seuil de 600 dollars de revenus bruts annuels issus de ventes, après déduction des coûts, pour bénéficier de la déclaration agrégée.
3.2 Exclusion du régime de déclaration conjointe
Une autre évolution technique récente est que le 1099-DA pour l’année fiscale 2025 ne participera pas au « programme de déclaration conjointe fédéral/état (CF/SF) », ce qui signifie que les courtiers ne pourront plus transmettre d’un seul coup leurs données fiscales aux autorités locales via le système fédéral, mais devront le faire séparément selon la législation de chaque État.
4 Conclusion
Face aux multiples défis posés par le 1099-DA, les investisseurs de grande valeur, les projets et les acteurs du Web3 doivent rapidement s’adapter à ces nouvelles règles de déclaration. Pour les professionnels du Web3, la gestion des données de transaction ne se limite pas à répondre aux exigences de l’IRS, mais vise aussi à clarifier leur propre situation financière. Dans cette vague de régulation transparente, celui qui saura rapidement passer d’une comptabilité désordonnée à une conformité fiscale solide pourra assurer une position durable dans la compétition mondiale croissante du Web3.