Le nom de PayPal Mafia est une présence incontournable dans l’histoire des investissements de la Silicon Valley. Le Founders Fund, fondé par un groupe de génies tels que Peter Thiel, Ken Howery et Luke Nosek, est passé d’un petit capital-risque de 50 millions de dollars à une puissance de la Silicon Valley gérant plusieurs milliards de dollars d’actifs. La progression de cet empire d’investissement n’est pas simplement une success story de gestion de fonds, mais une révolution qui a changé la culture de l’industrie du capital-risque, redéfini la relation entre entrepreneurs et fonds, et bouleversé les paradigmes établis.
Le moment où l’élite de la Silicon Valley se rencontre
Le premier tournant dans la vie de Thiel fut sa rencontre à Stanford. Au milieu des années 1990, dans la rédaction du magazine conservateur « Stanford Review », Peter Thiel rencontra Ken Howery, un jeune texan. À mesure qu’Howery étudiait l’économie et devenait rédacteur en chef adjoint du magazine, leur lien se renforça.
Les idées du philosophe français René Girard, que Thiel admirait depuis ses années d’étudiant, ainsi que ses connaissances en philosophie politique, allaient fasciner le jeune Howery. Lorsqu’Howery, sur le point d’obtenir son diplôme, fut invité à un dîner intellectuel de 4 heures dans un steakhouse à Palo Alto, « Sundance », Thiel proposa cette rencontre. La conversation de cette nuit-là changea la vie de Howery. Initialement prévu pour un emploi dans une banque d’investissement à New York, il décida le lendemain de rejoindre une hedge fund émergente avec moins de 4 millions de dollars d’actifs, devenant ainsi leur premier employé.
La rencontre avec Luke Nosek, troisième personnage clé, fut plus fortuite. Lors d’un discours de Thiel sur le campus de Stanford, un jeune homme aux boucles brunes s’assit à côté de lui, se pencha en avant et demanda : « Êtes-vous Peter Thiel ? » Nosek, entrepreneur derrière une application de calendrier intelligent dans laquelle Thiel avait investi, avait oublié l’existence de son soutien. Thiel vit en lui un entrepreneur idéal : « Talentueux, indépendant, explorant audacieusement des conclusions que la plupart éviteraient » — une vision qui correspondait parfaitement à ses valeurs.
En mai 1998, leur rencontre officielle eut lieu lors d’une conférence à Stanford. Au bout de sept ans, ils commencèrent à investir de façon plus structurée, puis approfondirent leur collaboration.
La lutte de pouvoir chez PayPal et le conflit avec Moritz
La naissance de PayPal marqua la première grande épreuve de la philosophie d’investissement de Thiel. En été 1999, la rencontre avec Max Levchin, un entrepreneur génial ukrainien, donna naissance à l’une des équipes entrepreneuriales les plus prestigieuses de la Silicon Valley. Thiel investit immédiatement 240 000 dollars dans ce projet, qui finit par générer un profit de 600 millions de dollars, marquant le début d’un des épisodes les plus spectaculaires de l’ère Internet.
Levchin recruta rapidement Luke Nosek, puis Thiel et Howery rejoignirent à temps plein. Des talents de premier ordre comme Reid Hoffman, Keith Rabois et David Sacks intégrèrent l’équipe, qui devint la meilleure de la Silicon Valley. La société, initialement nommée Fieldlink (rebaptisée plus tard Confinity), finit par adopter le nom PayPal après des conflits avec X.com d’Elon Musk.
Ce processus d’intégration comportait un problème sérieux : la relation avec Michael Moritz de Sequoia Capital, investisseur de Sequoia, qui avait aussi investi dans Yahoo, Google, LinkedIn et Stripe. Moritz avait une philosophie d’investissement radicalement différente de celle de Thiel.
En mars 2000, après la fusion des deux sociétés, PayPal leva 100 millions de dollars en série C. Thiel, qui avait poussé cette levée, anticipait une dégradation rapide de l’économie mondiale. Son pronostic s’avéra exact : la bulle Internet éclata en quelques jours.
Thiel vit une nouvelle opportunité : utiliser le million de dollars levé pour faire des ventes à découvert dans le portefeuille de Thiel Capital International. Moritz, furieux, fut si en colère que des investisseurs de Sequoia le mirent en garde. La volonté de Thiel de « devenir la bonne personne » et celle de Moritz de « faire ce qui est juste » creusèrent un gouffre infranchissable.
Finalement, Moritz réussit à bloquer le plan de vente à découvert, mais la prédiction de Thiel s’avéra exacte : « Si on avait shorté à ce moment-là, le profit aurait dépassé l’ensemble des bénéfices opérationnels de PayPal. »
En septembre 2000, la lutte de pouvoir s’intensifia. Levchin, Thiel et Scott Banister menèrent un coup d’État pour évincer le PDG Elon Musk. Ce dernier refusa, et Thiel dut convaincre Moritz de reconnaître la nomination de Thiel comme CEO par intérim. La condition était que Thiel ne soit que CEO « provisoire » et qu’il cherche un successeur, ce qui fut une humiliation.
Ce jeu de pouvoir marqua profondément Thiel, et posa les bases de la création du Founders Fund. En 2001, lorsque eBay proposa 300 millions de dollars pour racheter PayPal, Thiel voulait vendre, mais Moritz prôna une stratégie indépendante. Moritz eut gain de cause : eBay proposa finalement 1,5 milliard de dollars, cinq fois l’offre initiale. Ironiquement, cette divergence d’opinions permit à PayPal de réussir, mais aussi de commencer une rivalité sans fin.
Clarium Capital et la systématisation de l’investissement en venture
Après avoir réalisé 60 millions de dollars de bénéfices avec l’acquisition de PayPal, Thiel nourrissait de nouvelles ambitions. Pendant qu’il était chez PayPal, lui et Howery continuaient à gérer Thiel Capital International, consacrant nuits et week-ends à la gestion du fonds. Ils construisirent un portefeuille combinant actions, obligations, devises et startups en phase d’amorçage, réalisant 2 à 3 opérations par an.
En 2002, la même année que la finalisation de l’acquisition de PayPal, Thiel lança la création de Clarium Capital, un hedge fund macroéconomique. Son objectif était de poursuivre une vision systématique du monde, à l’image de Soros, en accord avec sa façon de penser. Doté d’un talent inné pour capter les tendances civilisatrices, il résistait instinctivement au consensus dominant.
Ce mode de pensée porta ses fruits rapidement : en trois ans, la gestion de Clarium passa de 10 millions à 1,1 milliard de dollars, avec un profit de 65,6 % sur la vente à découvert du dollar en 2003, puis 57,1 % en 2005.
Parallèlement, Thiel et Howery commencèrent à systématiser leurs investissements en angel investing, en analysant leur portefeuille, qui atteignit un taux de rendement interne de 60 à 70 %, même en mode partiel. Si cette stratégie était appliquée de façon systématique, quels résultats pourrait-elle produire ?
Après deux ans de préparation, Howery lança en 2004 une levée de fonds initiale de 50 millions de dollars, initialement appelée « Clarium Ventures », rebaptisée plus tard Founders Fund. La collecte fut difficile : seulement 12 millions de dollars furent levés auprès d’investisseurs externes, ce qui incita Thiel à injecter lui-même 38 millions de dollars (76 % du premier fonds).
Innovation dans la stratégie « founder-friendly »
Deux investissements personnels réalisés par Thiel avant la création du premier Founders Fund allaient, par hasard, lui assurer la position la plus favorable dans la Silicon Valley.
Le premier fut Palantir, fondé en 2003 avec lui-même. Thiel joua à la fois le rôle de fondateur et d’investisseur, en cofondant le projet avec Nathan Gettings, employé de Palantir, ainsi que Joe Lonsdale et Stephen Cohen de Clarium. L’année suivante, il nomma Alex Karp, un camarade de Stanford Law, comme CEO.
La mission de Palantir était provocante : s’inspirer de l’image du « vrai sorcier » dans « Le Seigneur des Anneaux » pour utiliser la technologie anti-fraude de PayPal et aider les utilisateurs à obtenir des insights transsectoriels sur les données. Mais, contrairement aux services classiques, Thiel ciblait le gouvernement américain et ses alliés.
Malgré le peu d’intérêt des grands VC, Palantir fut très apprécié par In-Q-Tel, la branche d’investissement de la CIA. Leur premier investissement de 2 millions de dollars permit à Palantir de bénéficier d’un énorme avantage économique et d’une réputation renouvelée. Plus tard, Founders Fund investit 165 millions de dollars, et en décembre 2024, ses actifs atteignaient 3,05 milliards de dollars, avec un rendement de 18,5 fois.
Le second investissement fut encore plus efficace. En été 2004, Hoffman présenta à Thiel un jeune de 19 ans, Mark Zuckerberg. Hoffman, collègue de PayPal, respectait Zuckerberg malgré des opinions politiques divergentes.
Lors d’une rencontre dans les luxueux bureaux de Clarium, Thiel remarqua chez le jeune Zuckerberg une « maladresse sociale typique d’Asperger ». Il n’essaya pas de plaire, posant des questions sur des termes financiers inconnus, ce qui était une force selon Thiel.
Quelques jours plus tard, Thiel investit 500 000 dollars sous forme d’obligations convertibles dans Facebook. La condition était simple : si, d’ici décembre 2004, Facebook atteignait 1,5 million d’utilisateurs, les obligations seraient converties en actions représentant 10,2 % de la société. Sinon, il pourrait retirer ses fonds. L’objectif ne fut pas atteint, mais Thiel choisit la conversion.
Plus tard, Thiel admit avoir été victime d’un biais cognitif lors de la levée de fonds en série B de Facebook : la valorisation passa de 5 millions à 85 millions de dollars en huit mois. « Les graffitis dans l’office étaient horribles, l’équipe ne comptait que 8 ou 9 personnes, et chaque jour semblait identique », se remémora-t-il. Ce biais lui fit manquer l’opportunité de mener l’investissement, qui atteignit une valorisation de 525 millions de dollars en série C.
En 2005, Sean Parker devint partenaire d’investissement du Founders Fund. À 19 ans, Parker avait déjà secoué la tech avec Napster, puis fondé Plaxo, une application de gestion de contacts. Mais, malgré un investissement de 200 millions de dollars de Moritz et d’autres, Plaxo échoua. En été 2004, Moritz le démit, et la rivalité s’intensifia.
Après avoir quitté Plaxo, Parker travailla rapidement avec Zuckerberg, rencontré au début de l’année lors de la prise en main de Facebook par Stanford. Après la faillite de Plaxo, Parker retrouva Zuckerberg à Palo Alto, et devint rapidement président de Facebook.
Sa première action fut une revanche contre Moritz et Sequoia. En novembre 2004, lorsque Facebook dépassa le million d’utilisateurs, Sequoia tenta de le contacter. Parker et Zuckerberg lui jouèrent une farce cruelle : ils arrivèrent en retard, en pyjama, et lui présentèrent une diapositive intitulée « 10 raisons pour ne pas investir dans Wirehog », avec des slides comme « pas de revenus », « en pyjama », « Sean Parker impliqué ». Cet échec devint l’une des plus douloureuses erreurs de Sequoia.
Le principe central du Founders Fund était simple mais révolutionnaire : ne jamais évincer le fondateur. C’était une démarche pionnière à l’époque.
L’industrie du venture capital traditionnel trouvait ses modèles dans la recherche de fondateurs techniques, l’embauche de managers professionnels, puis leur éviction. Les investisseurs étaient les véritables maîtres. Depuis les années 1970, Kleiner Perkins et Sequoia Capital avaient réussi en intervenant activement dans la gestion.
Mais la « priorité aux fondateurs » de Thiel n’était pas qu’une stratégie de différenciation : elle venait de sa vision du monde, de sa philosophie, et de sa compréhension de la progression. Il croyait fermement à la valeur des « individus souverains » et considérait que réguler ceux qui brisaient les règles était une folie économique et une destruction de la civilisation.
Après avoir levé 50 millions de dollars en 2004, le Founders Fund lança une nouvelle offensive en 2006. L’équipe, entièrement nouvelle, fut renforcée par Parker, Nosek en plein temps, et Thiel comme investisseur externe dans Facebook. Ce mouvement mit en colère Moritz.
Le CEO de Sequoia tenta de bloquer la levée. « Lors de la levée du second fonds, une diapositive dans l’assemblée annuelle de Sequoia avertissait : “Ne pas approcher le Founders Fund” », raconte Howery. Plus précisément, « ils ont menacé LPs de leur retirer l’accès à Sequoia s’ils investissaient dans nous ».
Mais cette riposte favorisa le Founders Fund : « Les investisseurs se demandaient “Pourquoi Sequoia est si peureux ?” C’était plutôt un signal positif », explique Howery. En 2006, le fonds leva 227 millions de dollars, avec le soutien du fonds de Stanford, qui devint le premier investisseur institutionnel.
Investissements concentrés dans Facebook, Palantir et SpaceX
La stratégie d’investissement du Founders Fund évolua après la première levée de 100 millions de dollars. Thiel, qui détestait la gestion organisée, maintint une période de « chaos efficace » durant deux ans. Howery était occupé à explorer des projets, et l’équipe refusait de tenir des réunions formelles.
L’arrivée de Parker rendit la gestion plus systématique. Les trois partenaires avaient des compétences complémentaires : Thiel, stratège, axé sur les tendances macro et la valorisation ; Nosek, créatif et analytique ; Howery, évaluant et modélisant financièrement. Parker comprenait en profondeur la logique des produits Internet, ayant travaillé chez Facebook.
L’investissement dans Facebook devint un symbole du succès du Founders Fund. Bien qu’ils n’aient pas participé à la série A, ils investirent au total 8 millions de dollars, réalisant un retour de 3,65 milliards de dollars (46,6 fois).
L’investissement dans Palantir fut plus long terme. Partant de l’investissement initial de 2 millions de dollars d’In-Q-Tel, le Founders Fund investit 165 millions de dollars, et en décembre 2024, ses actifs atteignaient 3,05 milliards de dollars, avec un rendement de 18,5 fois.
Mais la véritable expansion de l’empire d’investissement fut celle dans SpaceX. En 2008, lors d’un mariage, Thiel rencontra Elon Musk, son ancien rival. À cette époque, SpaceX avait connu trois échecs de lancement et manquait de fonds. La plupart dans l’industrie étaient pessimistes, mais Thiel proposa d’investir 5 millions de dollars.
Parker, peu familier avec le secteur, refusa, mais d’autres partenaires avancèrent. Luke Nosek proposa d’investir 20 millions de dollars (environ 10 % du deuxième fonds), à une valorisation de 315 millions de dollars. Ce fut le plus gros investissement de l’histoire du Founders Fund, et la décision la plus sage.
« Beaucoup ont trouvé cela très controversé, et beaucoup de LP ont pensé que nous étions fous », admet Howery. Mais l’équipe croyait fermement en Musk et en cette technologie. Finalement, cet investissement fit quadrupler le montant investi dans de bons projets.
En 17 ans, le fonds investit 670 millions de dollars dans SpaceX, la deuxième plus grosse position après Palantir. En décembre 2024, lorsque SpaceX racheta ses propres actions à une valorisation de 350 milliards de dollars, ses actifs atteignirent 18,2 milliards de dollars, avec un rendement de 27,1 fois.
La théorie du désir d’imitation et la transition vers le hard tech
Ce n’est qu’après 2008 que le Founders Fund devint réellement unique, en se tournant vers le hard tech. Face à la recherche de nouvelles opportunités dans l’Internet grand public, Thiel perdit tout intérêt.
Ce changement s’appuyait sur la philosophie de René Girard, qu’il admirait à Stanford. Girard proposa la « théorie du désir d’imitation », selon laquelle le désir humain naît de la copie, et non de la valeur intrinsèque. Cette théorie devint le cadre central de l’analyse de Thiel.
Après la montée de Facebook, l’industrie du venture capital se mit à imiter massivement les produits sociaux. Le Founders Fund investit dans Gowalla, un réseau social local, mais de façon peu enthousiaste. Thiel résuma cette stratégie dans « Zero to One » :
« Les entreprises qui réussissent sont toutes différentes, résolvent des problèmes uniques et obtiennent des monopoles. Les entreprises qui échouent sont toutes semblables, incapables d’échapper à la concurrence. »
Ce principe guida la stratégie d’investissement du Founders Fund : rechercher des domaines que d’autres évitent ou ne peuvent pas explorer.
Thiel se tourna vers le hard tech, construisant des entreprises dans le monde des atomes plutôt que des bits. Ce choix eut un coût : après Facebook, le fonds manqua des opportunités dans Twitter, Pinterest, WhatsApp, Instagram ou Snapchat.
Mais comme le dit Howery, « avec SpaceX, on peut tout faire sans rater ces opportunités ». Et en effet, la performance du Founders Fund prouve la validité de cette stratégie.
La construction de l’empire d’investissement de la PayPal Mafia
En regardant la croissance du Founders Fund, on voit comment la PayPal Mafia a changé l’industrie du venture capital. En 2005, 2010 et 2011, trois fonds enregistrèrent des performances record : 26,5x, 15,2x et 15x sur des investissements respectifs de 22,7 millions, 25 millions et 62,5 millions de dollars.
L’empire d’investissement de Thiel, Howery, Nosek et Parker ne se limite pas à la gestion de fonds. Ils ont été pionniers du concept « fondateur-friendly », s’opposant au modèle « investisseur dominant » qui a prévalu pendant 30 ans.
Depuis l’investissement dans IronPort en 2002, jusqu’à SpaceX en 2008, puis jusqu’à aujourd’hui, la PayPal Mafia a systématiquement repéré des opportunités ignorées par d’autres, et investi dans des domaines que la plupart craignent d’aborder.
Le Founders Fund est aujourd’hui une puissance de Silicon Valley gérant plusieurs dizaines de milliards de dollars. En décembre 2024, ses actifs combinés dans Palantir et SpaceX atteignaient 21,2 milliards de dollars. La construction de cet empire a commencé avec la lutte de pouvoir de PayPal, le conflit avec Moritz, et la philosophie du « fondateur d’abord ».
Le talent de Thiel en tant que « chessman » — capable de placer JD en B4, Sacks en F3, Zuckerberg en A7, Musk en G2 — a fini par influencer non seulement la Silicon Valley, mais aussi l’ensemble de l’industrie technologique, et même la politique américaine.
L’histoire à succès de la PayPal Mafia n’est pas seulement une histoire de retours financiers, mais un récit qui a profondément changé la relation entre entrepreneurs et investisseurs, et a apporté de nouvelles valeurs à l’industrie de l’innovation.
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De la PayPal Mafia à l'empire des investissements : la stratégie de succès de Founders Fund
Le nom de PayPal Mafia est une présence incontournable dans l’histoire des investissements de la Silicon Valley. Le Founders Fund, fondé par un groupe de génies tels que Peter Thiel, Ken Howery et Luke Nosek, est passé d’un petit capital-risque de 50 millions de dollars à une puissance de la Silicon Valley gérant plusieurs milliards de dollars d’actifs. La progression de cet empire d’investissement n’est pas simplement une success story de gestion de fonds, mais une révolution qui a changé la culture de l’industrie du capital-risque, redéfini la relation entre entrepreneurs et fonds, et bouleversé les paradigmes établis.
Le moment où l’élite de la Silicon Valley se rencontre
Le premier tournant dans la vie de Thiel fut sa rencontre à Stanford. Au milieu des années 1990, dans la rédaction du magazine conservateur « Stanford Review », Peter Thiel rencontra Ken Howery, un jeune texan. À mesure qu’Howery étudiait l’économie et devenait rédacteur en chef adjoint du magazine, leur lien se renforça.
Les idées du philosophe français René Girard, que Thiel admirait depuis ses années d’étudiant, ainsi que ses connaissances en philosophie politique, allaient fasciner le jeune Howery. Lorsqu’Howery, sur le point d’obtenir son diplôme, fut invité à un dîner intellectuel de 4 heures dans un steakhouse à Palo Alto, « Sundance », Thiel proposa cette rencontre. La conversation de cette nuit-là changea la vie de Howery. Initialement prévu pour un emploi dans une banque d’investissement à New York, il décida le lendemain de rejoindre une hedge fund émergente avec moins de 4 millions de dollars d’actifs, devenant ainsi leur premier employé.
La rencontre avec Luke Nosek, troisième personnage clé, fut plus fortuite. Lors d’un discours de Thiel sur le campus de Stanford, un jeune homme aux boucles brunes s’assit à côté de lui, se pencha en avant et demanda : « Êtes-vous Peter Thiel ? » Nosek, entrepreneur derrière une application de calendrier intelligent dans laquelle Thiel avait investi, avait oublié l’existence de son soutien. Thiel vit en lui un entrepreneur idéal : « Talentueux, indépendant, explorant audacieusement des conclusions que la plupart éviteraient » — une vision qui correspondait parfaitement à ses valeurs.
En mai 1998, leur rencontre officielle eut lieu lors d’une conférence à Stanford. Au bout de sept ans, ils commencèrent à investir de façon plus structurée, puis approfondirent leur collaboration.
La lutte de pouvoir chez PayPal et le conflit avec Moritz
La naissance de PayPal marqua la première grande épreuve de la philosophie d’investissement de Thiel. En été 1999, la rencontre avec Max Levchin, un entrepreneur génial ukrainien, donna naissance à l’une des équipes entrepreneuriales les plus prestigieuses de la Silicon Valley. Thiel investit immédiatement 240 000 dollars dans ce projet, qui finit par générer un profit de 600 millions de dollars, marquant le début d’un des épisodes les plus spectaculaires de l’ère Internet.
Levchin recruta rapidement Luke Nosek, puis Thiel et Howery rejoignirent à temps plein. Des talents de premier ordre comme Reid Hoffman, Keith Rabois et David Sacks intégrèrent l’équipe, qui devint la meilleure de la Silicon Valley. La société, initialement nommée Fieldlink (rebaptisée plus tard Confinity), finit par adopter le nom PayPal après des conflits avec X.com d’Elon Musk.
Ce processus d’intégration comportait un problème sérieux : la relation avec Michael Moritz de Sequoia Capital, investisseur de Sequoia, qui avait aussi investi dans Yahoo, Google, LinkedIn et Stripe. Moritz avait une philosophie d’investissement radicalement différente de celle de Thiel.
En mars 2000, après la fusion des deux sociétés, PayPal leva 100 millions de dollars en série C. Thiel, qui avait poussé cette levée, anticipait une dégradation rapide de l’économie mondiale. Son pronostic s’avéra exact : la bulle Internet éclata en quelques jours.
Thiel vit une nouvelle opportunité : utiliser le million de dollars levé pour faire des ventes à découvert dans le portefeuille de Thiel Capital International. Moritz, furieux, fut si en colère que des investisseurs de Sequoia le mirent en garde. La volonté de Thiel de « devenir la bonne personne » et celle de Moritz de « faire ce qui est juste » creusèrent un gouffre infranchissable.
Finalement, Moritz réussit à bloquer le plan de vente à découvert, mais la prédiction de Thiel s’avéra exacte : « Si on avait shorté à ce moment-là, le profit aurait dépassé l’ensemble des bénéfices opérationnels de PayPal. »
En septembre 2000, la lutte de pouvoir s’intensifia. Levchin, Thiel et Scott Banister menèrent un coup d’État pour évincer le PDG Elon Musk. Ce dernier refusa, et Thiel dut convaincre Moritz de reconnaître la nomination de Thiel comme CEO par intérim. La condition était que Thiel ne soit que CEO « provisoire » et qu’il cherche un successeur, ce qui fut une humiliation.
Ce jeu de pouvoir marqua profondément Thiel, et posa les bases de la création du Founders Fund. En 2001, lorsque eBay proposa 300 millions de dollars pour racheter PayPal, Thiel voulait vendre, mais Moritz prôna une stratégie indépendante. Moritz eut gain de cause : eBay proposa finalement 1,5 milliard de dollars, cinq fois l’offre initiale. Ironiquement, cette divergence d’opinions permit à PayPal de réussir, mais aussi de commencer une rivalité sans fin.
Clarium Capital et la systématisation de l’investissement en venture
Après avoir réalisé 60 millions de dollars de bénéfices avec l’acquisition de PayPal, Thiel nourrissait de nouvelles ambitions. Pendant qu’il était chez PayPal, lui et Howery continuaient à gérer Thiel Capital International, consacrant nuits et week-ends à la gestion du fonds. Ils construisirent un portefeuille combinant actions, obligations, devises et startups en phase d’amorçage, réalisant 2 à 3 opérations par an.
En 2002, la même année que la finalisation de l’acquisition de PayPal, Thiel lança la création de Clarium Capital, un hedge fund macroéconomique. Son objectif était de poursuivre une vision systématique du monde, à l’image de Soros, en accord avec sa façon de penser. Doté d’un talent inné pour capter les tendances civilisatrices, il résistait instinctivement au consensus dominant.
Ce mode de pensée porta ses fruits rapidement : en trois ans, la gestion de Clarium passa de 10 millions à 1,1 milliard de dollars, avec un profit de 65,6 % sur la vente à découvert du dollar en 2003, puis 57,1 % en 2005.
Parallèlement, Thiel et Howery commencèrent à systématiser leurs investissements en angel investing, en analysant leur portefeuille, qui atteignit un taux de rendement interne de 60 à 70 %, même en mode partiel. Si cette stratégie était appliquée de façon systématique, quels résultats pourrait-elle produire ?
Après deux ans de préparation, Howery lança en 2004 une levée de fonds initiale de 50 millions de dollars, initialement appelée « Clarium Ventures », rebaptisée plus tard Founders Fund. La collecte fut difficile : seulement 12 millions de dollars furent levés auprès d’investisseurs externes, ce qui incita Thiel à injecter lui-même 38 millions de dollars (76 % du premier fonds).
Innovation dans la stratégie « founder-friendly »
Deux investissements personnels réalisés par Thiel avant la création du premier Founders Fund allaient, par hasard, lui assurer la position la plus favorable dans la Silicon Valley.
Le premier fut Palantir, fondé en 2003 avec lui-même. Thiel joua à la fois le rôle de fondateur et d’investisseur, en cofondant le projet avec Nathan Gettings, employé de Palantir, ainsi que Joe Lonsdale et Stephen Cohen de Clarium. L’année suivante, il nomma Alex Karp, un camarade de Stanford Law, comme CEO.
La mission de Palantir était provocante : s’inspirer de l’image du « vrai sorcier » dans « Le Seigneur des Anneaux » pour utiliser la technologie anti-fraude de PayPal et aider les utilisateurs à obtenir des insights transsectoriels sur les données. Mais, contrairement aux services classiques, Thiel ciblait le gouvernement américain et ses alliés.
Malgré le peu d’intérêt des grands VC, Palantir fut très apprécié par In-Q-Tel, la branche d’investissement de la CIA. Leur premier investissement de 2 millions de dollars permit à Palantir de bénéficier d’un énorme avantage économique et d’une réputation renouvelée. Plus tard, Founders Fund investit 165 millions de dollars, et en décembre 2024, ses actifs atteignaient 3,05 milliards de dollars, avec un rendement de 18,5 fois.
Le second investissement fut encore plus efficace. En été 2004, Hoffman présenta à Thiel un jeune de 19 ans, Mark Zuckerberg. Hoffman, collègue de PayPal, respectait Zuckerberg malgré des opinions politiques divergentes.
Lors d’une rencontre dans les luxueux bureaux de Clarium, Thiel remarqua chez le jeune Zuckerberg une « maladresse sociale typique d’Asperger ». Il n’essaya pas de plaire, posant des questions sur des termes financiers inconnus, ce qui était une force selon Thiel.
Quelques jours plus tard, Thiel investit 500 000 dollars sous forme d’obligations convertibles dans Facebook. La condition était simple : si, d’ici décembre 2004, Facebook atteignait 1,5 million d’utilisateurs, les obligations seraient converties en actions représentant 10,2 % de la société. Sinon, il pourrait retirer ses fonds. L’objectif ne fut pas atteint, mais Thiel choisit la conversion.
Plus tard, Thiel admit avoir été victime d’un biais cognitif lors de la levée de fonds en série B de Facebook : la valorisation passa de 5 millions à 85 millions de dollars en huit mois. « Les graffitis dans l’office étaient horribles, l’équipe ne comptait que 8 ou 9 personnes, et chaque jour semblait identique », se remémora-t-il. Ce biais lui fit manquer l’opportunité de mener l’investissement, qui atteignit une valorisation de 525 millions de dollars en série C.
En 2005, Sean Parker devint partenaire d’investissement du Founders Fund. À 19 ans, Parker avait déjà secoué la tech avec Napster, puis fondé Plaxo, une application de gestion de contacts. Mais, malgré un investissement de 200 millions de dollars de Moritz et d’autres, Plaxo échoua. En été 2004, Moritz le démit, et la rivalité s’intensifia.
Après avoir quitté Plaxo, Parker travailla rapidement avec Zuckerberg, rencontré au début de l’année lors de la prise en main de Facebook par Stanford. Après la faillite de Plaxo, Parker retrouva Zuckerberg à Palo Alto, et devint rapidement président de Facebook.
Sa première action fut une revanche contre Moritz et Sequoia. En novembre 2004, lorsque Facebook dépassa le million d’utilisateurs, Sequoia tenta de le contacter. Parker et Zuckerberg lui jouèrent une farce cruelle : ils arrivèrent en retard, en pyjama, et lui présentèrent une diapositive intitulée « 10 raisons pour ne pas investir dans Wirehog », avec des slides comme « pas de revenus », « en pyjama », « Sean Parker impliqué ». Cet échec devint l’une des plus douloureuses erreurs de Sequoia.
Le principe central du Founders Fund était simple mais révolutionnaire : ne jamais évincer le fondateur. C’était une démarche pionnière à l’époque.
L’industrie du venture capital traditionnel trouvait ses modèles dans la recherche de fondateurs techniques, l’embauche de managers professionnels, puis leur éviction. Les investisseurs étaient les véritables maîtres. Depuis les années 1970, Kleiner Perkins et Sequoia Capital avaient réussi en intervenant activement dans la gestion.
Mais la « priorité aux fondateurs » de Thiel n’était pas qu’une stratégie de différenciation : elle venait de sa vision du monde, de sa philosophie, et de sa compréhension de la progression. Il croyait fermement à la valeur des « individus souverains » et considérait que réguler ceux qui brisaient les règles était une folie économique et une destruction de la civilisation.
Après avoir levé 50 millions de dollars en 2004, le Founders Fund lança une nouvelle offensive en 2006. L’équipe, entièrement nouvelle, fut renforcée par Parker, Nosek en plein temps, et Thiel comme investisseur externe dans Facebook. Ce mouvement mit en colère Moritz.
Le CEO de Sequoia tenta de bloquer la levée. « Lors de la levée du second fonds, une diapositive dans l’assemblée annuelle de Sequoia avertissait : “Ne pas approcher le Founders Fund” », raconte Howery. Plus précisément, « ils ont menacé LPs de leur retirer l’accès à Sequoia s’ils investissaient dans nous ».
Mais cette riposte favorisa le Founders Fund : « Les investisseurs se demandaient “Pourquoi Sequoia est si peureux ?” C’était plutôt un signal positif », explique Howery. En 2006, le fonds leva 227 millions de dollars, avec le soutien du fonds de Stanford, qui devint le premier investisseur institutionnel.
Investissements concentrés dans Facebook, Palantir et SpaceX
La stratégie d’investissement du Founders Fund évolua après la première levée de 100 millions de dollars. Thiel, qui détestait la gestion organisée, maintint une période de « chaos efficace » durant deux ans. Howery était occupé à explorer des projets, et l’équipe refusait de tenir des réunions formelles.
L’arrivée de Parker rendit la gestion plus systématique. Les trois partenaires avaient des compétences complémentaires : Thiel, stratège, axé sur les tendances macro et la valorisation ; Nosek, créatif et analytique ; Howery, évaluant et modélisant financièrement. Parker comprenait en profondeur la logique des produits Internet, ayant travaillé chez Facebook.
L’investissement dans Facebook devint un symbole du succès du Founders Fund. Bien qu’ils n’aient pas participé à la série A, ils investirent au total 8 millions de dollars, réalisant un retour de 3,65 milliards de dollars (46,6 fois).
L’investissement dans Palantir fut plus long terme. Partant de l’investissement initial de 2 millions de dollars d’In-Q-Tel, le Founders Fund investit 165 millions de dollars, et en décembre 2024, ses actifs atteignaient 3,05 milliards de dollars, avec un rendement de 18,5 fois.
Mais la véritable expansion de l’empire d’investissement fut celle dans SpaceX. En 2008, lors d’un mariage, Thiel rencontra Elon Musk, son ancien rival. À cette époque, SpaceX avait connu trois échecs de lancement et manquait de fonds. La plupart dans l’industrie étaient pessimistes, mais Thiel proposa d’investir 5 millions de dollars.
Parker, peu familier avec le secteur, refusa, mais d’autres partenaires avancèrent. Luke Nosek proposa d’investir 20 millions de dollars (environ 10 % du deuxième fonds), à une valorisation de 315 millions de dollars. Ce fut le plus gros investissement de l’histoire du Founders Fund, et la décision la plus sage.
« Beaucoup ont trouvé cela très controversé, et beaucoup de LP ont pensé que nous étions fous », admet Howery. Mais l’équipe croyait fermement en Musk et en cette technologie. Finalement, cet investissement fit quadrupler le montant investi dans de bons projets.
En 17 ans, le fonds investit 670 millions de dollars dans SpaceX, la deuxième plus grosse position après Palantir. En décembre 2024, lorsque SpaceX racheta ses propres actions à une valorisation de 350 milliards de dollars, ses actifs atteignirent 18,2 milliards de dollars, avec un rendement de 27,1 fois.
La théorie du désir d’imitation et la transition vers le hard tech
Ce n’est qu’après 2008 que le Founders Fund devint réellement unique, en se tournant vers le hard tech. Face à la recherche de nouvelles opportunités dans l’Internet grand public, Thiel perdit tout intérêt.
Ce changement s’appuyait sur la philosophie de René Girard, qu’il admirait à Stanford. Girard proposa la « théorie du désir d’imitation », selon laquelle le désir humain naît de la copie, et non de la valeur intrinsèque. Cette théorie devint le cadre central de l’analyse de Thiel.
Après la montée de Facebook, l’industrie du venture capital se mit à imiter massivement les produits sociaux. Le Founders Fund investit dans Gowalla, un réseau social local, mais de façon peu enthousiaste. Thiel résuma cette stratégie dans « Zero to One » :
« Les entreprises qui réussissent sont toutes différentes, résolvent des problèmes uniques et obtiennent des monopoles. Les entreprises qui échouent sont toutes semblables, incapables d’échapper à la concurrence. »
Ce principe guida la stratégie d’investissement du Founders Fund : rechercher des domaines que d’autres évitent ou ne peuvent pas explorer.
Thiel se tourna vers le hard tech, construisant des entreprises dans le monde des atomes plutôt que des bits. Ce choix eut un coût : après Facebook, le fonds manqua des opportunités dans Twitter, Pinterest, WhatsApp, Instagram ou Snapchat.
Mais comme le dit Howery, « avec SpaceX, on peut tout faire sans rater ces opportunités ». Et en effet, la performance du Founders Fund prouve la validité de cette stratégie.
La construction de l’empire d’investissement de la PayPal Mafia
En regardant la croissance du Founders Fund, on voit comment la PayPal Mafia a changé l’industrie du venture capital. En 2005, 2010 et 2011, trois fonds enregistrèrent des performances record : 26,5x, 15,2x et 15x sur des investissements respectifs de 22,7 millions, 25 millions et 62,5 millions de dollars.
L’empire d’investissement de Thiel, Howery, Nosek et Parker ne se limite pas à la gestion de fonds. Ils ont été pionniers du concept « fondateur-friendly », s’opposant au modèle « investisseur dominant » qui a prévalu pendant 30 ans.
Depuis l’investissement dans IronPort en 2002, jusqu’à SpaceX en 2008, puis jusqu’à aujourd’hui, la PayPal Mafia a systématiquement repéré des opportunités ignorées par d’autres, et investi dans des domaines que la plupart craignent d’aborder.
Le Founders Fund est aujourd’hui une puissance de Silicon Valley gérant plusieurs dizaines de milliards de dollars. En décembre 2024, ses actifs combinés dans Palantir et SpaceX atteignaient 21,2 milliards de dollars. La construction de cet empire a commencé avec la lutte de pouvoir de PayPal, le conflit avec Moritz, et la philosophie du « fondateur d’abord ».
Le talent de Thiel en tant que « chessman » — capable de placer JD en B4, Sacks en F3, Zuckerberg en A7, Musk en G2 — a fini par influencer non seulement la Silicon Valley, mais aussi l’ensemble de l’industrie technologique, et même la politique américaine.
L’histoire à succès de la PayPal Mafia n’est pas seulement une histoire de retours financiers, mais un récit qui a profondément changé la relation entre entrepreneurs et investisseurs, et a apporté de nouvelles valeurs à l’industrie de l’innovation.