
Le modèle de frais maker-taker constitue une structure tarifaire différenciée, adoptée par les plateformes d’échange de cryptomonnaies afin de stimuler la liquidité des marchés et d’équilibrer les coûts entre les parties prenantes. Dans ce système, les makers sont les traders qui placent des ordres et renforcent la profondeur du carnet, le plus souvent via des ordres à cours limité, tandis que les takers acceptent les ordres existants et consomment directement la liquidité, généralement à travers des ordres au marché. Pour encourager la fourniture de liquidité, les makers bénéficient de frais généralement plus faibles, voire de remises dans certains cas, tandis que les takers acquittent des frais relativement plus élevés en contrepartie de l’exécution immédiate.
Les modèles de frais maker-taker jouent un rôle central dans les écosystèmes d’échange, se distinguant par plusieurs caractéristiques clés :
Taux différenciés : Les frais appliqués aux makers sont systématiquement inférieurs à ceux des takers. Les principales plateformes facturent généralement entre 0 et 0,1 % pour les makers et entre 0,1 et 0,5 % pour les takers. Certaines offrent même des frais négatifs (remises) aux makers à haute fréquence.
Paliers selon le volume : Nombre de plateformes mettent en place des barèmes progressifs basés sur le volume de transactions ; des volumes importants donnent accès à des taux préférentiels, incitant à la participation et à la fidélisation des grands opérateurs.
Réductions pour détention de tokens : Détenir le token natif d’une plateforme ouvre souvent droit à des réductions supplémentaires, comme le BNB pour Binance ou le KCS chez KuCoin, ce qui dynamise la demande pour ces tokens et accroît la fidélité des utilisateurs.
Incitations pour market makers : Pour attirer des market makers professionnels, les plateformes proposent des interfaces API dédiées, des limites de fréquence d’ordres plus élevées et des plans tarifaires personnalisés pour soutenir les stratégies de trading algorithmique et à haute fréquence.
Ajustements dynamiques : Certaines plateformes ajustent de façon dynamique les taux makers et takers en fonction des conditions de marché pour préserver la profondeur de carnet et la liquidité.
La structure de frais maker-taker exerce de multiples effets sur les marchés de cryptomonnaies :
Ce modèle stimule fortement la liquidité via des incitations économiques, rendant les opérations plus fluides et limitant le slippage ainsi que la volatilité des prix. Sur les marchés émergents ou de niche, une structure de frais bien conçue attire rapidement les market makers nécessaires à la profondeur du marché.
Elle a également favorisé l’essor du trading algorithmique et des stratégies quantitatives : les professionnels exploitent les incitations offertes aux makers pour développer des stratégies complexes d’arbitrage et de market making, contribuant ainsi à l’efficacité de la découverte des prix et à la transparence des informations de marché.
Du point de vue de la concurrence entre plateformes, la structure des frais est devenue un levier de différenciation majeur. Des politiques innovantes, telles que le transaction mining de Binance ou les programmes de remises pour market makers de FTX (aujourd’hui disparu), ont apporté des avantages compétitifs notables dans un environnement très concurrentiel, faisant évoluer la dynamique du marché.
En outre, le modèle maker-taker influence la composition des utilisateurs : les traders à haute fréquence privilégient les plateformes favorables aux makers, tandis que les particuliers se concentrent davantage sur la qualité globale des services et la compétitivité des frais taker.
Malgré son adoption généralisée dans l’industrie des cryptomonnaies, le modèle maker-taker présente plusieurs risques et défis :
Risque de manipulation de marché : Des frais très bas ou négatifs peuvent inciter certains traders à gonfler artificiellement les volumes (wash trading), faussant la réalité du marché. Les autorités, notamment la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) aux États-Unis, renforcent leur vigilance sur ces pratiques.
Guerre des frais : La concurrence tarifaire peut entraîner une « course vers zéro », nuisant à la rentabilité et à la stabilité à long terme. Certaines plateformes diversifient désormais leurs sources de revenus, via les produits dérivés, le staking, etc.
Concentration de la liquidité : Les politiques favorables aux market makers peuvent conduire à une domination des grands acteurs institutionnels, créant un oligopole et augmentant la vulnérabilité du marché.
Contraintes réglementaires : Au fil de l’évolution des cadres réglementaires internationaux, les structures tarifaires sont soumises à une surveillance accrue. Certaines juridictions imposent des politiques de frais plus équitables et transparentes selon les profils de traders.
Complexité technique : Distinguer efficacement les transactions maker et taker requiert des systèmes d’appariement sophistiqués et des calculs de frais en temps réel, imposant des exigences élevées aux architectures techniques.
Le modèle maker-taker constitue un pilier du fonctionnement des plateformes d’échange de cryptomonnaies modernes, optimisant la structure du marché et la liquidité par des incitations économiques. À mesure que le secteur se développe et que la participation institutionnelle s’accroît, ce modèle évolue : les plateformes doivent arbitrer entre l’incitation à la liquidité, l’équité des conditions de trading et la pérennité de leur activité. Pour les traders, il est essentiel de bien comprendre le fonctionnement de cette structure de frais et son impact sur les stratégies de trading afin d’optimiser les coûts de transaction et d’améliorer l’efficacité des placements.


