Vous l’avez de nouveau constaté : Bitcoin grimpe de 20 %, ETH suit, et vos altcoins ? Immobilisés. Vous regardez Twitter, tout le monde célèbre de nouveaux sommets, mais votre portefeuille semble figé en 2023. Que se passe-t-il ?
Voici une vérité dérangeante : le marché n’a aucune obligation de faire décoller vos alts simplement parce que BTC progresse. Comprendre la raison suppose d’abandonner une hypothèse risquée.
Bienvenue dans la série Explained #4
Beaucoup de traders attendent une rotation instantanée. BTC s’envole lundi, les alts devraient exploser mardi, n’est-ce pas ? Faux.
En réalité, la liquidité arrive sur le marché crypto par paliers, et non d’un seul coup. Les principales cryptos peuvent évoluer pendant plusieurs semaines alors que les alts restent en range. Ce n’est pas un dysfonctionnement structurel, c’est simplement la dynamique des flux de capitaux. Plus vite vous l’acceptez, mieux vous serez positionné lorsque la rotation réelle se produira.
Arrêtez de surveiller les graphiques des altcoins : vous observez la mauvaise liquidité. Le capital entre dans la crypto par trois portes distinctes, dans cet ordre :
Porte 1 : Spot ETF & Majors spot (accès le plus direct, tickets les plus importants). C’est là qu’interviennent institutions, family offices et grands allocataires. Ils achètent BTC et ETH spot via des produits régulés. Zéro effet de levier, zéro complexité, tailles maximales. Ces capitaux ne s’aventurent pas sur les alts, ils se placent sur les deux actifs bénéficiant d’une réelle clarté réglementaire.
Porte 2 : Dérivés (le plus rapide, mais pas forcément synonyme d’achats directionnels sur les alts). Basis trades, arbitrage de financement, open interest sur les perpétuels. Ces activités peuvent faire monter les prix de BTC/ETH sans générer d’appétit généralisé pour le risque. Explications sur ce piège ci-dessous.
Porte 3 : Retail & risque on-chain (la dernière vague, généralement celle des alts). Quand les traders particuliers se sentent enfin assez confiants pour sortir des majors et rechercher du bêta, c’est là que les alts bougent. Mais cette liquidité arrive en dernier, jamais en premier.
Comprendre cette pyramide change tout. Quand BTC s’envole et que vos alts stagnent, cela signifie simplement que vous êtes encore à la Porte 1 ou 2. La Porte 3 n’est pas encore ouverte.

Voici un constat sans détour : BTC peut fortement progresser alors que l’appétit réel pour le risque reste gelé.
Comment ? Par les stratégies cash-and-carry. Les institutions achètent du BTC spot, vendent des futures et encaissent le basis. Cette activité fait monter le prix du BTC sans aucune intention d’acheter des altcoins. Les taux de financement peuvent rester élevés, l’open interest grimper, et le prix progresser alors que les alts restent totalement inactifs.
Un levier sain se traduit par une croissance progressive de l’open interest, un financement modéré et un volume spot dominant. Un levier excessif se traduit par un open interest qui explose plus vite que le prix, un financement >0,05 % par jour, et des liquidations qui s’accumulent des deux côtés.
Le piège du basis explique pourquoi « BTC monte donc les alts devraient suivre » échoue souvent. Le levier qui propulse BTC n’est pas celui qui achète des alts.

La dominance Bitcoin (BTC.D) n’est pas un simple indicateur « hausse = mauvais, baisse = bon ». Elle fonctionne selon trois régimes :
Risk-Off BTC.D en hausse : les capitaux fuient les alts pour se réfugier sur BTC. Les détenteurs d’alts sont pénalisés. C’est brutal.
Risk-On BTC.D en hausse : BTC progresse tellement qu’il « aspire tout l’oxygène » du marché. Le marché est techniquement haussier, mais BTC capte tous les gains. Vos alts peuvent même perdre de la valeur en USD.
Rotation (BTC.D en baisse) : BTC consolide ou se calme. Les traders recherchent enfin du bêta. Les alts attirent l’attention. C’est ce que vous attendez.
Méfiez-vous des faux signaux de retournement de la BTC.D. Un chandelier journalier rouge ne confirme pas une rotation. Il faut une tendance claire avec plusieurs sommets descendants.
Ne classez plus ETH avec vos Layer-1. ETH fait le lien entre les majors et le risque alt. Quand les institutions veulent plus de bêta que BTC mais moins de risque que les alts, elles achètent de l’ETH.
ETH dispose aussi de son propre ETF spot, d’une conservation institutionnelle et d’une dynamique réglementaire. Ce n’est pas un « altcoin » : c’est la passerelle vers le risque altcoin. Surveillez ETH/BTC de près. Quand cette paire inscrit des sommets plus élevés, la liquidité se dirige enfin vers les actifs plus risqués.

Osons l’inconfort : les alts font face à des problèmes structurels plus importants que lors des cycles précédents :
Dilution et surplomb des déblocages L’offre continue de s’accroître. Chaque mois, un nouvel unlock d’un milliard de dollars arrive sur le marché. Les premiers investisseurs et les équipes vendent, créant une pression vendeuse constante.
Fragmentation Il existe aujourd’hui des milliers d’alts. Il n’existe pas d’« indice altcoin » clair que les institutions peuvent acheter. Le capital se disperse.
Dispersion des narratifs AI coins, DePIN, memecoins, gaming, RWAs… chaque secteur se bat pour attirer l’attention. En 2017, la narration était « Ethereum killers ». Aujourd’hui, il y a 47 narratifs simultanés. Le capital s’égare.
Manque de cas d’usage concrets De nombreux projets n’ont pas encore prouvé leur adéquation produit-marché. La spéculation existe, mais sans utilisateurs réels, les tokens peinent à s’imposer.
Incertitude réglementaire La plupart des alts n’ont aucune clarté réglementaire. Les institutions ne peuvent pas les intégrer, même si elles le souhaitent.
Ce ne sont pas des vents contraires temporaires. C’est la nouvelle réalité.
Oubliez les pumps aléatoires. Une vraie rotation suit une séquence :
Étape 1 : impulsion de BTC, puis consolidation. Étape 2 : ETH attire les acheteurs, ETH/BTC s’améliore. Étape 3 : les majors se calment, les traders s’ennuient et cherchent du bêta. Étape 4 : les alts progressent en vagues : d’abord les grandes capitalisations, puis les mid-caps, enfin les petites capitalisations.
Cette séquence peut durer plusieurs semaines ou mois. La patience finit par payer.

Voici votre checklist : il faut plusieurs feux verts, pas un seul.
Feux principaux :
Feux bonus (mode pro) :
Quand la majorité de ces feux passent au vert, la rotation est réelle.
Toute hausse n’est pas une altseason. Surveillez ces pièges :
Piège 1 : pumps étroits. Deux ou trois alts s’envolent alors que la largeur du marché reste nulle. Ce n’est pas une rotation, c’est du théâtre.
Piège 2 : les memes s’envolent, pas les vrais alts. Quand les dog coins et frog tokens explosent mais que vos Layer-1 et blue chips DeFi stagnent, ce n’est pas durable. C’est du jeu retail, pas une rotation institutionnelle.
Piège 3 : ETH progresse sans confirmation ETH/BTC. Si ETH grimpe mais que ETH/BTC reste faible, c’est juste BTC qui entraîne tout le marché. Ce n’est pas une vraie force d’ETH.
Les faux altseasons piègent les traders impatients. Attendez la confirmation sur plusieurs signaux.
BTC et ETH s’envolent en premier car c’est là que la liquidité arrive. Les alts accusent du retard à cause de vents contraires structurels, de narratifs fragmentés et du fait que l’appétit pour le risque met du temps à se construire.
Cessez d’attendre une rotation instantanée. Surveillez la pyramide de liquidité. Quand la Porte 3 s’ouvrira enfin, les signaux seront évidents. D’ici là, les majors restent la stratégie.
L’altseason viendra. Mais pas selon votre calendrier, selon celui de la liquidité.





